Depuis l’entrée en vigueur de la directive européenne MIF 2, le métier de conseiller en gestion de patrimoine indépendant (CGPI) connaît une mutation profonde. Alors que les pratiques traditionnelles reposent encore majoritairement sur des rétrocommissions, une minorité croissante de conseillers privilégie un modèle rémunéré exclusivement par honoraires.
Dans cet article, découvrez les enjeux, les différences et les avantages de cette approche indépendante qui place la transparence et les intérêts des clients au cœur de ses priorités.
CGPI : intégrer les 8 % facturant des honoraires pour une carrière d’avenir
Depuis l’entrée en vigueur de la directive européenne MIF 2 en 2018, le métier de conseiller en gestion de patrimoine indépendant (CGPI) s’est transformé en profondeur. Cette réglementation a introduit une distinction majeure entre deux modèles de conseil :
- le conseil non-indépendant, basé sur des rétrocommissions ;
- et le conseil indépendant, exclusivement rémunéré par honoraires.
Alors que la majorité des CGPI s’appuient encore sur des rétrocommissions pour se rémunérer, seuls 8 % d’entre eux facturent uniquement des honoraires d’après l’AMF[1].
Ce modèle, bien que minoritaire, se distingue par son alignement total avec les intérêts du client et sa transparence, des qualités de plus en plus prisées dans un secteur en constante évolution.
Comment fonctionnent les rétrocommissions des CGPI ?
Les rétrocommissions sont des frais versés par les fournisseurs de produits financiers (banques, compagnies d’assurance, gestionnaires d’actifs, etc.) aux conseillers en gestion de patrimoine (CGPI) pour la commercialisation de leurs produits. Ce système fonctionne ainsi :
- Distribution des produits financiers : Un CGPI recommande ou vend un produit financier (assurance-vie, fonds d’investissement, produits structurés, etc.) à ses clients.
- Rémunération indirecte : En échange, le fournisseur du produit reverse une commission au CGPI. Cette commission peut être un pourcentage des frais d’entrée, des frais annuels de gestion, ou d’autres coûts inclus dans le produit.
- Coût pour le client : Les rétrocommissions sont intégrées dans les frais que paie le client pour souscrire ou détenir le produit, sans être forcément visibles ni détaillées.
Quel impact des rétrocommissions sur le secteur financier ?

- Manque de transparence : Le principal problème des rétrocommissions est leur opacité. Les clients ne savent pas toujours combien leur conseiller perçoit pour recommander un produit, ce qui peut nuire à la confiance.
- Conflit d’intérêts : Ce système incite les conseillers à recommander des produits offrant les commissions les plus élevées, plutôt que ceux réellement adaptés aux besoins du client. Cela peut compromettre la qualité et l’indépendance du conseil.
- Pression réglementaire : Avec l’entrée en vigueur de la directive MIF 2, l’Europe a cherché à limiter les conflits d’intérêts en imposant plus de transparence sur les frais. Cela a conduit certains CGPI à adopter un modèle de rémunération par honoraires, bien qu’une majorité continue de dépendre des rétrocommissions.
- Évolution des attentes des clients : Les investisseurs, de plus en plus sensibilisés aux questions de transparence, privilégient les conseillers indépendants rémunérés par honoraires. Ce modèle inspire davantage confiance, car il garantit que le conseil est donné dans l’intérêt du client et non motivé par des gains indirects.
Enjeux pour l’avenir
Le système de rétrocommissions reste largement utilisé, mais il est de plus en plus contesté. L’adoption croissante des honoraires marque une transformation du secteur vers plus de transparence et de professionnalisme. Cela pourrait forcer les CGPI à revoir leur modèle économique pour répondre aux attentes des clients et aux exigences réglementaires.
CGPI : pourquoi choisir un modèle basé sur les honoraires ?
En matière de conseil, les conseillers en investissements financiers (CIF) se répartissent en différentes catégories selon leur modèle de rémunération et leur indépendance :
- 78 % (soit environ 4 480 CIF) proposent uniquement des conseils non indépendants, rémunérés par des rétrocessions.
- 8 % (environ 455 CIF) offrent exclusivement des conseils qualifiés d’indépendants, conformément à la directive MIF 2.
- 13 % (environ 753 CIF) combinent les deux approches, selon les situations ou les besoins des clients.
- 1 % (68 CIF) n’ont pas communiqué d’information sur leur mode de fonctionnement.
En s’affranchissant des rétrocessions, le CGPI qui facture des honoraires s’inscrit dans une démarche de transparence et de professionnalisme.
Nicolas Decaudain, co-fondateur de Prosper Conseil, souligne : « Être directement rémunéré par ses clients permet de garantir une indépendance totale et d’adopter une approche véritablement centrée sur leurs besoins. »
Les défis et opportunités du conseil indépendant
S’engager dans un modèle basé sur les honoraires demande une capacité d’adaptation, de la pédagogie et une solide expertise.
Les débuts peuvent être difficiles, car convaincre des clients habitués à des modèles de conseil « gratuits » nécessite un effort de communication important. Il faut leur démontrer que, sur le long terme, cette approche est plus avantageuse, notamment grâce à des frais réduits sur les placements et une performance optimisée.
Malgré ces défis, ce modèle indépendant présente des opportunités majeures. Il renforce la confiance des clients grâce à une rémunération alignée sur leurs intérêts et attire une clientèle exigeante, notamment :
- Les chefs d’entreprise.
- Les professions libérales.
- Les cadres supérieurs.
- Les familles fortunées.
- Les expatriés.
De plus, ce modèle anticipe les futures réglementations qui visent à renforcer la transparence, comme l’interdiction des rétrocessions déjà en place au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. En adoptant les honoraires, les CGPI se positionnent en précurseurs d’un conseil impartial et sécurisé face aux évolutions du marché européen.
Structurer une offre compétitive avec des honoraires : un enjeu clé
Pour réussir dans un modèle basé sur les honoraires, un CGPI au conseil indépendant doit construire une offre claire, cohérente et adaptée aux besoins de sa clientèle. Cette structuration repose sur plusieurs piliers essentiels :
- Définition des prestations : proposer des services variés tels que l’allocation d’actifs financiers et immobiliers, la structuration en société du patrimoine professionnel, ou encore l’éducation financière avec la rédaction d’articles par exemple. Chaque prestation doit répondre à des besoins spécifiques et offrir une réelle valeur ajoutée.
- Un modèle tarifaire transparent : établir des options tarifaires adaptées, comme des forfaits personnalisés, des abonnements fixes ou des honoraires sur la surperformance. Cette transparence renforce la confiance des clients et valorise la qualité du conseil.
- Utilisation d’outils digitaux performants : s’appuyer sur des solutions comme des CRM spécialisés et des logiciels dédiés à la gestion patrimoniale. Ces outils facilitent la réalisation d’études patrimoniales, rationalisent les processus et améliorent l’expérience client.
Une offre bien structurée permet non seulement de répondre aux attentes des clients, mais aussi de se différencier dans un secteur où la personnalisation et la transparence sont devenues incontournables.
Une expertise pluridisciplinaire pour se démarquer
Les CGPI au conseil indépendant se positionnent comme des partenaires stratégiques à long terme. Leur valeur ajoutée va bien au-delà d’une assurance vie en gestion pilotée ; ils offrent un accompagnement global intégrant les aspects financiers, fiscaux et civils du patrimoine de leurs clients.

- L’expertise des CGPI au conseil indépendant s’étend aux courtiers tels que Fortuneo, Bourse Direct, Assurancevie.com, Vitis Life, Degiro, Altaroc, etc. ainsi qu’aux enveloppes fiscales comme l’assurance-vie, le PEA, le PERin, le CTO, les contrats de capitalisation, le PEE, etc. et aux investissements financiers, immobiliers et alternatifs (métaux précieux, cryptomonnaies, forêts, etc.).
- Cette expertise dépasse les placements financiers et inclut des sujets patrimoniaux cruciaux, tels que le régime matrimonial, la gestion des crédits (prêt personnel, avance sur titres, crédit immobilier, ligne de crédit lombard, etc.), la structuration en société du patrimoine professionnel, la fiscalité complexe en France et à l’international, ainsi que la transmission du patrimoine.
Ces missions sont souvent menées avec l’accompagnement des notaires, avocats ou experts-comptables.
Couplée à une relation client personnalisée, le CGPI au conseil indépendant est un véritable chef d’orchestre. Cette expertise pluridisciplinaire constitue un atout majeur dans un secteur où la confiance est essentielle.
Une carrière tournée vers l’avenir
En optant pour le conseil indépendant avec des honoraires, les CGPI se préparent aux évolutions réglementaires susceptibles d’interdire les rétrocommissions dans toute l’Europe, comme cela a déjà été mis en place au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.
Ce choix stratégique leur permet de devenir des acteurs majeurs d’un conseil transparent et durable, tout en assurant la pérennité de leur activité.
Rejoindre les 8 % de CGPI facturant des honoraires revient à choisir une carrière exigeante mais gratifiante, axée sur l’indépendance, la transparence et une contribution durable à la gestion patrimoniale, en répondant à une demande croissante pour un conseil impartial et sur mesure.
SOURCE
[1] CHIFFRES CLÉS DES CONSEILLERS EN INVESTISSEMENTS FINANCIERS (CIF), DECEMBRE 2023 : https://www.amf-france.org/sites/institutionnel/files/private/2024-01/publication-fra-cif-2022-version-finale-valide-dgadircomsg.pdf

Jean est un passionné de comptabilité. Après ses études d’économies, il se lance dans l’univers du web pour partager ses connaissances. Il est actuellement éditeur et rédacteur en chef du magazine controledegestion.org

